1914-1918

La grande guerre

     
                 

Trois périodes d'inégale importance doivent être distinguées dans les opérations intéressant le Régiment qui, dans l'ensemble combattra constamment au sein de la Division à laquelle il appartenait à la mobilisation, elle même le plus souvent engagée dans le cadre du Corps de Cavalerie :

La guerre de mouvement été automme 1914

La guerre de tranchée 1915-1917

L'affrontement décisif 1918

D'une maniére générale, il s'agira de batailles d'envergure, durant plusieurs jours, voire plusieurs semaines et dans lesquelles il sera souvent difficile de distinguer les combats du Régiment de ceux de la Division à laquelle il appartenait ou des groupements dans la composition desquels il est entré.

En 1914 le Régiment est en garnison a Paris, lorsque les Allemands entrent en Belgique, le Corps de Cavalerie est rassemblé sur la Meuse, vers Donchery Douzy. Il est affecté à la Véme Armée et doit couvrir le flanc gauche en prenant le contact de l'ennemi au plus loin, puis en retardant sa progression. Le 6 août, il franchit à son tour la frontière et s'engage en direction de Liège. Ce sont alors, pendant quelques jours, des marches et des contre-marches épuisantes, qui vont coûter à chaque division du Corps de Cavalerie la valeur d'un régiment, mais lui permettent de recueillir les premiers indices sur l'importance et la direction de l'attaque allemande à travers la Belgique. Bouillon, Carlsbourg, Resteigne, la Lesse sont durant ces quelques jours les principales étapes du Régiment.

Le 15 août, le Corps de Cavalerie repasse à l'Ouest de la Meuse dans la région de Dinant, puis est envoyé vers le Nord épauler l'armée Belge et il participe ainsi à la bataille de Charleroi en s'engageant le 18 août contre les 2ème et 4ème Division Allemande sur la ligne Geest Girompont-Ramillies-Offus, en canonnant la 9ème Division le 19 août, en couvrant le 20 août, de Nivelles à Fleurus, le déploiement de l'Armée anglaise qui entre à son tour en action, en s'engageant violemment le 21 août, contre le VIIeme Corps allemand à Gosselies avant de se replier au sud de la Sambre. Repassant en réserve du G-Q-G, après avoir couvert 600 km en 18 jours par une chaleur torride, le Corps de Cavalerie est alors envoyé le 25 août couvrir le flanc gauche de l'armée French vers Cambrai. Le lendemain il porte un coup d'arrêt au IVème Corps Allemand à l'Est de cette ville. Le 27 il combat sur le front Epehy-Heudicourt et se regroupe le soir autour de Péronne. Le 28 c'est un nouvel engagement à Moislains. Après quoi, sa mission remplie, épuisé par trois semaines d'opérations successives, le Corps de Cavalerie se replie vers le sud en liant son mouvement à celui de l'aile gauche de la VIème Armée, à l'exception d'une Division de marche constituée à l'aide des chevaux encore valides. Le 2ème Cuirassiers lui apporte la valeur d'un escadron.

Cette Division freine l'avance Allemande en direction de Paris sur l'axe Chaulnes- Roye- Estrées- Pont Sainte Maxence- Senlis du 29 août au 3 septembre et retrouve le 6 septembre le gros du Corps de Cavalerie ves Nanteuil le Haudoin.


Le Corps de Cavalerie, après s'être remis en condition, était en effet engagé depuis le matin du 7 sur l'Ourcq, dans la contre offensive déclenchée par le Genéral Joffre pour briser l'élan de l'attaque allemande. La 1ère Division de Cavalerie attaque Betz, puis s'engage le 8 en direction de Gondreville. Le Régiment enlève Rozières, tandis que le 2ème Escadron, mis au combat à pied, chasse de Montépilloy un escadron de hussards Allemand. Tout le monde connaît la valeur et la portée de la victoire qui fut alors remportée.
La part que le Régiment y prit lui valut d'ajouter sur son Etendard l'inscription

"l'Ourcq"

aux quatre qu'il portait déjà.


La bataille de l'Ourcq conclue victorieusement, le Corps de Cavalerie entame la poursuite au rythme permis par l'état de ses chevaux. La 1ére Division de Cavalerie franchit l'Oise à Verberie le 12 septembre. Le 18 on trouve le Régiment à Doingt. Mais le 23, le Corps de Cavalerie subit le choc du 11ème C.A bavarois et perd Péronne. Engagé le 25, sur la ligne Maurepas-Combles, il est dirigé le 26 en direction de Cambrai. Le 27 il porte un coup d'arrêt aux Allemands à Irles et se regroupe le soir au Sud d'Arras. Après un accrochage, le 28 à Courcelles, il couvre au Sud-Est d'Arras, la concentration de la Xème Armée. L'ennemi attaque, et la 1ère Division de Cavalerie, qui couvre le Corps de Cavalerie sur la Scarpe, face à Douai, est rejetée sur Izel. Mais le front se rétablit et le Corps le Cavalerie est rassemblé à l'Ouest d'Arras pour être engagé plus au Nord vers Henin-Liètard. Le 3, il livre combat à Drocourt, puis le 4 sur la crête Givenchy-Lievin, manquant d'être enfoncé. Le 5, c'est à l'Ouest de Lens qu'il s'engage, et la 1ère Division de Cavalerie à l'occasion de reprendre Ablain. Du 6 au 8 octobre, de durs combats se déroulent pour la possession de la fameuse "crête de Lorette", par des actions menées à pied. La bataille d'Artois terminée, le Corps de Cavalerie se porte vers Béthune-la-Bassée où il est violemment accroché les 9 et 10 octobre. Le 11, les combats se poursuivent avec le même acharnement de Festubert, où se trouve le Régiment, à Richebourq. Le 12 vaine tentative pour dégager Lille. Le 13 combat vers Noeux les Mines. Le 15 nouveaux combats dans la région Fournes Marquillies. Du 19 au 25, le Corps de Cavalerie subit les furieux assaults de forces Allemandes debouchant de Lille.


Relevé le 31 octobre, le Corps de Cavalerie est jeté aussitot dans la melée des Flandres. Le 1er Novembre, la 1ére Division de Cavalerie pousse par Bailleul vers le Mont Kemmel, au secours des Anglais en difficulté. Le 2 novembre, c'est l'engagement de Werlverghen sur le "croupe de l'enfer", suivi le 4, de combats de part et d'autre de la Douve et d'une attaque sur Messines.

Mais, désormais, les deux adversaires épuisés sont face à face, de la mer à la Suisse. La guerre de mouvement est terminée. La guerre de tranchées va commencer. Le 14 novembre, le Corps de Cavalerie est placé en réserve de groupe d'armées, et le Régiment cantonné pendant 2 mois à Bonnieres, dans la région de Frévent.
Le caractère même des combats ne permet pas à la Cavalerie d'y jouer un rôle prépondérant, et le commandement comptant sur ses qualités de mobilité, aura souci d'en conserver une partie en réserve, soit pour la jeter aux endroits menacés par les attaques adverses, soit pour la lancer en exploitation d'un éventuel succés offensif ami. D'une façon générale, une partie des effectifs, mis à pied, occupe des secteurs réputés calmes, tandis que les chevaux sont maintenus en arrière. C'est ainsi que le Corps de Cavalerie est poussé dans la région de Vitry-le-Francois en février, puis dans celle de Verdun en avril. Lors de l'offensive alliée d'Artois (mai-juin 1915), il reste en réserve derrière la IIème Armée au Nord-Est d'Amiens. De même, lors de l'offensive de Champagne (septembre-octobre 1915), il est maintenu en Artois à la disposition de la Xème Armée.

Pour sa part, le Régiment est aux environs d'Acq en septembre, puis à Hesdin. Du 17 novembre 1915 au 13 février 1916 on le retrouve a Bailleulval Beaumetz.

De juillet à novembre 1916, c'est l'offensive alliée de la Somme. A la disposition de la Vlème Armée, le Corps de Cavalerie est amené le 10 septembre vers Villers-Bretonneux en vue d'une exploitation éventuelle. Mais l'offensive s'enlise, et le Corps de Cavalerie reprend pendant plusieurs mois du service aux tranchées.
Début mars 1917, alors que le Régiment est au Hamel et à Contoire, les Allemands entament un repli sur une position organisée plus en arrière, la ligne "Hîndenburg". Alertée le 17 mars, la 1ère Division de Cavalerie est lancée en exploration vers Saint~Quentin-La-Fère et combat le 21 mars sur le canal Crozat. Mais la réaction Allemande ne tarde pas et la 1ère Division de Cava!erie est relevée par de l'infanterie dans la nuit du 22 au 23 mars,

"aprés avoir fait preuve d'un mordant au dessus de tout éloge".


A la mi-avril, débute l'offensive Française du chemin des Dames. Le Corps de Cavalerie est mis à la disposition de la Xème Armée pour une éventuelle exploitation. Rassemblé vers Fismes, il franchit l'Aisne le 16 avril. Mais une fois de plus, l'offensive piétine, et, le 21 le Corps de Cavalerie est replié sur la Marne de Meaux, avant d'être poussé sur Villers-Cotterets.

Puis le Corps de Cavalerie "entre en secteur", le 2ème Cuirassiers un bon moment au nord de Soissons, donnant durant la grave crise de moral que traverse alors l'Armée Française

"le réconfortant spetacle de son exemplaire discipline"

L'attitude de la 2ème Brigade durant cette époque lui valut les félicitations du Général de Division.

" J'ai vu, de Gilotin a Barjolet, les élements des trois Brigades aux avant postes. Jéprouve une grande satisfaction à vous dire que la 2ème Brigade de Cavalerie était par sa tenue, sa vigilance, l'attitude de ses hommes, trés supérieure aux autres"


Alors que le Régiment est depuis la mi-janvier dans la région de Chantîlly-Senlis, et, depuis la mi-mars au Sud-Est de Noyon, la première offensive allemande se déclenche le 21 mars 1918 en Picardie et en Flandre. La Vème Armée britannique cède, et les divisions de Cavalerie sont jetées dans la brêche. La 1ère Division de Cavalerie est mise le 22 mars à la disposition de la IIIème Armée. Le 2ème Cuirassiers est chargé d'aveugler un trou qui s'est créé entre les 18ème et 19ème CA britanniques au Nord de Nesle. Le 23, il est à Crisolles, puis à Ognolles.
Le 24, il mène une action de renseignement au profit de la 22ème DI française dans la région de Dreslincourt. Le 25, entre Chaulnes et Nesle, il épaule vigoureusement un régiment de la 24ème Division britannique et l'aide à s'organiser dans Pondry. Mais la violence de l'attaque allemande balaie les deux corps d'armée britanniques, et le 2ème Cuirassiers est entrainé dans leur retraite vers l'ouest, faisant tête le 26 à Hattencourt, puis à Parvillers, le 28 à l'Ouest de Montdidier, s'attirant l'admiration du commandant du C.A. Britannique. Le 31 mars, c'est la fin de cette deuxième bataille de Picardie, ou encore bataille de L'Avre, qui permit d'arrêter la poussée Allemande sur Amiens. Ce succés défensif amena le Généralissime Allemand à reconnaître que

"La résistance de l'adversaire s'affirma supérieure à la capacité offensive de nos troupes"

Et fit dire en France que

"L'Armée avait sauvé le pays, mais que la Cavalerie venait de sauver l'Armée"

En tout cas, son héroïque comportement devait valoir au 2ème Cuirassiers une 6ème inscription sur son Etendard.

L'Avre

Lorsque se déclenche, le 28 mai l'offensive allemande en Champagne et sur l'Aisne le Corps de Cavalerie a achevé sa reconstitution au Sud de la Marne. Il est engagé dès le 29 pour colmater la brêche créée par les Allemands dans le dispositif français. Partant de la région de la Fère Champenoise, la 2ème Brigade de Cuirassiers est engagé au nord de la forêt de Ris et rencontre l'ennemi vers Cierges. Sa résistance permet aux premières division de renfort d'arriver à temps. Le 30, les Cuirassiers reprennent la ferme Villardelle puis freinent l'ennemi efficacement et repassent le pont de Dormans à la nuit. Ils combattent ensuite sur la Marne, entre Dormans et Mont Saint-Pêre le 31 mai et le 1er juin. A l'issue de cette bataille de Tardenoit, nouveau succès défensif, la 1ère Division de Cavalerie est relevée le 5 juin et porté sur le Petit Morin, puis dans la région de Chalons -sur-Marne.

Mais les Allemands repartent à l'attaque le 15 juillet et marquent un succès à l'Ouest de Reims. Le Corps de Cavalerie en prévision de ces événements, avait été rassemblé vers Vertus-Chalons. Par Epernay, la 1ère Division de Cavalerie est portée entre Tîncourt et Léchelle. La 2ème Brigade de Cavalerie est chargée d'appuyer sur la rive Sud de la Marne la 10ème division Coloniale, et le "bataillon de Cuirassiers à pied" qui avait été constitué à l'aide de cavaliers démontés des 1er et 2ème Cuirassiers. Les 16 et 17 juillet, les combats font rage, et aboutissent à l'arrêt de la progression Allemande sur Epernay par la rive gauche de la Marne. Le 21 juillet, le Corps de Cavalerie est relevé et porté dans la région de Meaux pour être en mesure d'exploiter une éventuelle défaillance de l'ennemi. Car cette deuxième bataille de la Marne marque la fin des offensives Allemandes et la reprise de l'initiative par les armées Alliées.
La conduite héroïque du Régiment pendant cette période lui valut une citation à l'ordre de l'Armée.

Pour les Allemands, c'est la fin. En effet, le 25 juillet commence la contre offensive Alliée, qui devait aboutir, le 11 novembre à l 'armistice et à la Victoire. Le Corps de Cavalerie avait été amené le 24 juillet à Lucy le Bocage pour deboucher sur Féres en Tardenois. Mais la rapidité du repli ennemi enléve toute utilité à cette action. Il n'auras pas non plus l'occasion de s'engager en Champagne le 27 septembre, ni le 5 octobre. Le 10 novembre il est à Mirecourt, prêt a participer a la nouvelle offensive prêvue pour le 12. L'armistice la rend sans objet.

La guerre se termine ainsi sans que le Corps de Cavalerie ait eu à tenir pleinement le rôle pour lequel il avait été conçu. Si au début de la guerre, il a renseigné, et freiné, si par la suite, il a été la première réserve a être jetée contre le fer de lance des offensives adverses, il n'a pu être engagé en exploitation, à la fois parce que la situation ne si est pas prêtée et que parce que, usée par 4 ans de combats, la Cavalerie n'a pas pu disposer des moyens corespondant à sa vocation et qui lui auraient permis de jouer, au moment décisif, son rôle traditionnel.

Au moment ou s'achéve le régne du cheval et ou les premiers blindés ont déja fait leur apparition sur les champs de bataille, aurait il pu d'ailleurs en être autrement, même si l'on avait suivi le conseil du Maréchal de Saxe

"Pendant la paix fatiguez vos hommes et vos chevaux, c'est pendant la guerre qu'il faut les ménager"


La fin de la guerre de 1914-1918 marque aussi pour le 2ème Régiment de Cuirassiers, une coupure dans son histoire. Dirigé, après l'armistice, sur Sarrelouis, il n'y reste que jusqu'au 25 novembre et revient bientôt en France à Héricourt, puis à Lyon. Ayant inscrit deux nouveaux noms de victoires à son Etendard, titulaire d'une glorieuse citation, le Régiment est dissous le 15 août 1919 dans le cadre des mesures de réorganisation de l'Armée et ses éléments versés au 12éme Cuirassiers. Mais ce sera pour mieux renaitre, vingt ans après, et cette fois, sous l'aspect moderne d'un Régiment Blindé.

             
mobilisation
             
 

Le 3 aout 1914, le 2ème Régiment de Cuirassiers quitte l'Ecole Militaire de Paris pour le Front

 
             
 
   
             

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La MARNE 1914

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