Extraits de "Les militaires dans la région de Baume-les-Dames sous la Révolution et le Premier Empire"
par Patrice Belzacq, janvier 92

Peu de Baumois connaissent à Cour-les-Baumes la rue du Cavalier RICHE. Donnant sur la rue du Docteur DAMOTTE, elle n'est constituée que de quelques maisons. Mais qui donc est ce cavalier Riche dont il est question ?
Né à Cour le 18 janvier 1773, Claude-François Riche s'engage en 1792 dans le 2ème de Cavalerie et passe en 1801 aux Chasseurs de la Garde. Il refuse les grades qu'on lui offre souvent et reste simple soldat.
Il fait toutes les campagnes de la République et de l'Empire jusqu'en 1807.
A Marengo, le 14 juin 1800, il fait prisonnier le général Zach, commandant en Chef de l'Armée Autrichienne après le départ de MELAS. Ce haut fait d'arme s'est déroulé ainsi : La bataille de Marengo, engagée de quatre heures à dix heures du matin par Lannes et Victor est perdue.
A trois heures de l'après midi, la seconde bataille est également perdue. "Nous battions en retraite en bon ordre, dit COIGNET dans ses mémoires, mais les bataillons se dégarnisssaient à vue d'oeil ... Regardant derrière nous, nous vîmes le Consul assis sur la levée de la grande route d'Alexandrie, tenant son cheval par la bride et faisant voltiger les petites pierres du chemin avec sa cravache. Les boulets qui roulaient sur la route, il ne les voyait pas. Quand nous fûmes près de lui, il monta à cheval et partit au galop derrière nos rangs : Du courage, soldats, dit-il, les réserves arrivent, tenez ferme"
En effet, DESAIX, détaché la veille sur Novi, revient sur Marengo, marchant au canon.
L'armée Autrichienne, formée de trois bataillons de Wallis, cinq des grenadiers de Lattermann et six escadrons, le tout formant avant-garde et conduit par le général ZACH, se dirige vers Tortone. A mille pas en arrière, on compte encore neuf bataillons et douze escadrons sous les ordres de KAIM. Puis, à la suite de ceux-ci, et comme réserve, les six bataillons de grenadiers de Weidenfeld. Cette armée, déja privée de cinq de ses généraux, se trouve alors sans général en chef ; M. de MELAS, qui a eu deux chevaux tués sous lui et reçu une légère blessure, est rentré à Alexandrie pour s'y faire panser et surtout pour annoncer à sa cour le succès éclatant et décisif qu'il a obtenu ; il croit fermement n'avoir plus rien à faire sur le champs de bataille. Toutes ses troupes sont, du reste, dans la même persuasion : ivres de leur victoire, elles font route avec une nonchalance et un désordre qui aurait à peine été pardonnable en temps de paix ; les soldats quittent leurs rangs et s'amusent à dépouiller les morts ; les officiers ne ont occupés qu'à se féliciter entre eux.
Le feux très vif de la 3ème légère accueille leur tête de colonne au débouché des vignes, ce qui les surprend, mais sans trop les déconcerter. Ils se demandent ce que veulent encore ces gens-là. ZACH met sa troupe en ordre de bataille, le régiment de Wallis en première ligne, les grenadiers de Lattermann en seconde.
Notre batterie de douze pièces les frappe tout à-coup, les prends en écharpe et leur enlève des files entières ; la première ligne recule sur la seconde, qui s'ouvre pour la laisser passer, se referme aussitôt et s'avance avec résolution ; le régiment de Wallis se rallie promptement en arrière.
Irrités de cette attaque meurtrière, à laquelle ils sont loin de s'attendre, les autrichiens veulent se frayer un passage baïonnette en avant ; ils sont prévenus : DESAIX fond sur eux le sabre à la main. Comme il les aborde ... "Feux" ... DESAIX tombe ! La France a perdu un héros, et l'un de ses plus beaux jours de gloire doit être aussi un de ses jours de deuil les plus lamentables !
La 9ème légère, a crié vengeance! et s'est précipitée avec rage sur les grenadiers de Lattermann ... Le choc est terrible Kellermann le voit et il sent que le moment décisif est venu ; il part au grand trot avec sa ligne de cavalerie, et lorsqu il est arrivé à la hauteur de l'ennemi : Halte ! commande-t-il; puis, aussitôt après Pelotons à gauche et en avant ! Le mouvement s'exécute, et nos pelotons de cavalerie tombent l'un après l'autre, comme la foudre, sur le flanc des bataillons autrichiens, qui, attaqués de front et avec furie par la 9ème légère, s'étonnent, s'épouvantent, perdent toute énergie, et se livrent presque sans résistance à la baïonnette et au sabre de nos soldats.
Au milieu de la mêlée, le cavalier Riche distingue le général Zach; il le saisit, et, lui appuyant sur la poitrine la pointe de son sabre teinté de sang: Rendez-vous! lui dit-il, Zach se rend; les troupes suivent l'exemple de leur général : 4,000 hommes, tous d'élite, laissent tomber leurs armes et demandent merci.
A cette vue, un seul cri En avant! s’élève de toute la ligne française ; la clameur, des soldats se confond avec le commandement des chefs, les tambours battent la charge, et nos bataillons s'élancent à l'envi sur les Autrichiens, dont les profondes colonnes se déploient à la hâte et avec confusion.
La déroute de l'armée impériale est complète. l'Italie est conquise.
Ce haut fait que constitue l'arrestation de ZACH a contribué à la victoire des français et vaut à Riche, le 23 Frimaire an IX, un sabre d'honneur sur lequel on peut lire, gravée l'inscription "Le premier Consul au Citoyen LERICHE, cavalier au 2ème régiment, pour sa conduite distinguée à la Bataille de Marengo le "25 prairial an 8".
Il reçoit en Italie, en 1801, un coup de sabre au poignet droit et, comme les tendons pendaient hors de la plaie, il les coupe lui-même.
Napoléon le prend à la fin de cette année aux Chasseurs de la Garde, son Régiment favori. Riche sert souvent de courrier à l'Empereur, en vrai enfant de Cour, c'est un excellent nageur : un bras lui suffit pour se soutenir et se diriger sur l'eau. Souvent il franchit des rivières, nageant d'une main, élevant de l'autre les dépêches impériales.
ZACH qu'à Marengo les dragons français ont voulu tuer et qui a été sauvé par le sang-froid chevaleresque de RICHE a plus tard voulu emmener ce dernier en Autriche.
Inutile de vous dire que RICHE a refusé ces avances et voulu rester Français.
Revenu à Baume-les-Dames il est marchand épicier en notre ville et remplit les fonctions de capitaine ... des pompiers, à ce titre il reçut la décoration de l'Ordre du Lys. Les pistolets d'arçon du général ZACH que Claude François RICHE a saisi en désarmant son prisonnier sont encore possession de ses descendants.
La légion d'Honneur n'existait pas encore en 1800, année de Marengo, les titulaires d'armes d'honneur sont devenus par la suite légionnaires. Ainsi RICHE a reçu trois décorations : celle de l'Empire, celle de la royauté de Louis XVIII puis de Charles X.
RICHE avait deux frères aux armées, mais ils ont disparu sans qu'on ait jamais pu savoir ce qu'ils sont devenus.
Quant à notre héros, il est enterré au cimetière de Baume-les-dames, à vingt mètres de la chapelle du Saint-Sépulcre.
Sa tombe comporte quatre dalles et l'une d'entre elle est surmontée par une croix portant une plaque citant le nom de Claude-François RICHE.

Retraite de Claude François Riche

Le cavalier Riche obtient une retraite de la Garde Impériale de 225 francs le 19 Octobre 1808. Il passa sa retraite à Baume les Dames, où il ouvrit un bureau de tabac. Il fut nommé Capitaine des Pompiers de la ville de Baume-les-Dames, ce qui lui valut la décoration du Lys. Et fut Capitaine en second de la Garde Nationale.


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Sabre d’honneur de CLAUDE-FRANCOIS RICHE

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Ce sabre diffère de ce que seront plus tard les sabres d'honneur. La lame et la poignée portent la mention "Couleaux frères".
La lame a été raccourcie. Un soir, où le cavalier Riche racontait ses exploits passés, il a embroché un coussin d'un généreux coupe de sabre et a cassé la lame contre le mur qui était derrière. Le sabre a été réparé par un forgeron et a perdu quelques centimètres au passage.
Sur le brevet qui accompagne cette arme, il est précisé que l'arme d'honneur est une carabine.
En fait deux brevets ont été édités pour le même fait d'arme, une carabine à la demande de Kellerman et un sabre à la demande du Premier Consul.
Devant ce dilemme, l'administration a tranché, en mettant un peu des deux : pour le brevet ce fut une carabine et pour l'arme ce fut un sabre.

 

Légion d'Honneur de
Claude François Riche

Première légion d'honneur, 1802, avec nom du légionnaire gravé sur la broche.
C Riche ch (chevalier).

 

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La médaille du milieu est la première légion d'honneur, celle de la république. Les deux autres sont celles de Louis XVIII et celle de Charles X, envoyées à tous les légionnaires encore en vie.

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Sous l'empire, il n'y avait pas de brevet de légion d'honneur à proprement parler.
Les références des dossiers étaient en fait les références des brevets des armes d'honneur.
Pour le cavalier Riche, son brevet d'arme d'honneur porte le numéro 12278, et son numéro de référence dans l'ordre de la légion d'honneur porte aussi le numéro 12278

La restauration a réédité brevet de la légion d’honneur et médailles

 

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Lors de la capture du Général Zach, le cavalier Riche saisit ses pistolets, qu'il conserva par devers lui, et conserva le cheval de celui-ci comme prise de guerre.
Le cheval de Zach, une bien belle bête, fut revendu 336 livres au Général Berthier par le truchement du général Kellerman sous les ordres de qui servait Riche.
Avec le prix du cheval il acheta un oignon fabriqué, sur lequel il grava, avec une pointe de couteau, son nom "Riche. Montre volée.

 

Anton Von Zach, Pest 1747 - Graz1826


Né à Budapest en 1747, fils de médecin, il suivit les cours de l' Ingenieurakademie de Vienne et rejoint le corps des Ingénieurs militaires en tant que cadet en juillet 1765. Après une courte période dans les "Pionniers"durant la guerre de succession de Bavière, Zach enseigna l'art des fortifications et les mathématiques à l'académie militaire de Vienne (Wiener-Neustadt)
Durant les guerres de Turquie, il fut rattaché à l'état-major de Loudon, dirigeant la batterie de canons qui forçat la reddition de Belgrade en octobre 1789.
Avec le rang de Colonel (Oberst) il rejoint l'armée d'Italie en 1796.
Il fut promu "General-major" en juin après le siège de Mantoue en juillet.
Il rejoint Melas en tant que chef d'état-major en août.

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